Études littéraires, vol. 54, 2-3 / 2025
sous la direction de Nathalie Dufayet
Depuis plus d’un siècle, les figures du mutant, du cyborg, de l’androïde ou du post-humain peuplent les récits de science-fiction, les univers cinématographiques, les séries télévisées et la bande dessinée. Longtemps reléguées au registre du divertissement spectaculaire, ces figures sont devenues des symptômes culturels majeurs : elles donnent forme aux peurs et aux fantasmes contemporains liés au progrès technoscientifique, à l’effondrement écologique, à l’intelligence artificielle et à la redéfinition même du vivant.
À l’heure où les interfaces cerveau-machine, les biotechnologies, les intelligences artificielles génératives et la robotique humanoïde ne relèvent plus de la fiction mais d’une réalité émergente, la culture populaire apparaît comme un espace privilégié de mise en récit critique de ces mutations. Les productions culturelles contemporaines n’anticipent pas seulement des mondes futurs : elles traduisent, souvent sur un mode dystopique ou contre-utopique, l’angoisse d’une fin de l’humain tel qu’il s’est pensé jusqu’ici. Le mutant n’y est plus seulement un monstre : il devient une métaphore politique, éthique et ontologique du changement de régime anthropologique.
Ce double numéro d’Études littéraires propose ainsi une exploration transdisciplinaire des formes mutantes de la culture populaire, à la croisée des études littéraires, culturelles, philosophiques et médiatiques. Du roman à la série télévisée, de la science-fiction « dure » au biopunk, des super-héros de Marvel aux utopies queer, du transhumanisme au posthumanisme critique, les contributions réunies interrogent la manière dont les récits contemporains reconfigurent nos représentations du corps, de l’identité, du langage, du pouvoir et du vivant. Elles examinent les figures du mutant comme autant de dispositifs sémiotiques permettant de penser la catastrophe, mais aussi les possibles recommencements : nouveaux corps, nouvelles subjectivités, nouvelles communautés.